Les méthodes d’apprentissage pour un changement de comportement durable

Les méthodes d’apprentissage pour un changement de comportement durable
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Apprentissage : changer de comportement et mettre en place de bonnes habitudes

 Modifier ses comportements non désirés

Pour écouter la version audio, c’est juste au dessus !

Pour découvrir des vidéos sur le thème de la psychonutrition et de la micronutrition, c’est par ici : https://www.youtube.com/channel/UCHYcstILmLlaJ8xFc5nU0Cg

Modifier ses habitudes, mettre en place un changement de comportement durable, demandent un apprentissage qui pour qu’il soit efficace doit se faire dans certaines conditions et répondre à certains principes qui ont été mis en avant dans des travaux de psychologie expérimentale issus des recherches de B.F. Skinner notamment

Je souhaite aujourd’hui vous partager ces grands concepts résumés car je suis persuadée qu’ils pourront vous permettre d’acquérir une certaine habileté à modifier certains comportements problèmes ou à comprendre leur récurrence et également à modifier la façon dont vous souhaitez apprendre à votre enfant par exemple, ou votre animal de compagnie ou tout autre être humain avec qui vous êtes en interaction et à qui vous souhaitez transmettre un apprentissage ou avec lequel vous souhaitez communiquer. Cela vous facilitera la vie, j’en suis sûre !

 

  • L’apprentissage répondant de PAVLOV

Vous devez sans doute déjà avoir entendu parler du conditionnement pavlovien avec l’expérience du chien et de la cloche, où il s’agit d’un apprentissage dit répondant, le fait d’associer la prise de nourriture avec un son de la cloche quelques minutes avant, fait qu’au bout d’un certain temps le stimulus neutre cloche à lui seul, fait saliver le chien qui a donc été conditionné.

L’apprentissage est dans ce cas dit répondant, basé sur les antécédents au comportement, c’est à dire les évènements précédent le comportement.

On pourrait prendre comme exemple, le fait d’associer qu’il soit midi sur notre horloge et que l’on ressente la faim car nous avons été conditionné à manger à midi dans notre enfance.

Il est extrêmement intéressant de s’interroger sur les antécédents qui déclenchent chez nous des comportements inadaptés qui nous éloignent de nos valeurs. En prenant le temps de s’observer, c’est à dire en ralentissant et en se mettant dans une position du « soi observateur », nous sommes capables de discriminer les antécédents aussi bien extérieur (le fait de se retrouver seule chez soi le soir par exemple) qu’intérieur (la tristesse et la solitude que je ressens du fait d’être seule chez moi le soir) qui me font adopter un comportement inadapté (je mange toute la tablette de chocolat).

C’est cette capacité d’observation que nous entrainons chez nos patients au sein d’une consultation de psychonutrition et qui va entre toute autre chose leur permettre de cesser de fonction en mode « pilotage automatique ». On parle de « tact », être capable de tacter son expérience intérieure, souvent quand on pose la question « qu’est ce que vous ressentez en vous ? », la personne répond « je ne sais pas vraiment ». Je vous invite donc à ralentir et à observer ce qui se passe en vous et autour de vous et je suis intimement convaincue que la méditation de Pleine Conscience est une excellente pratique pour entrainer cette capacité à « tacter ».

 

 

  • le conditionnement opérant de B.F. SKINNER

Un autre mécanisme d’apprentissage que je souhaite également vous présenter et qui est complémentaire au conditionnement répondant, est le conditionnement opérant. J’utilise ces outils de l’Analyse du Comportement au sein de ma consultation de Psychonutrition.

Ils me permettent en partie de créer les conditions favorables au changement de comportement durable de certains de mes patients et en tant que clinicien c’est très régulièrement ce que je recherche notamment chez des patients présentant du surpoids ou de l’obésité et étant en conflit avec leur alimentation, mangeant au rythme de leurs émotions douloureuses et de leurs pensées auto-critiques.

Il s’agit donc du conditionnement opérant de SKINNER. Ici l’apprentissage se fait d’une manière différente : les comportements sont reproduits ou non en fonction des conséquences qu’ils entrainent. On parle de contextualisme fonctionnel, c’est à dire est-ce que dans le contexte présent, l’action que je réalise fonctionne ou non, il ne s‘agit pas de savoir ce qui est vrai ou faux, mais juste ce qui marche ou ne marche pas dans un contexte donné, on parle de vérité pragmatique et le but est de nous entrainer à la capacité de tracker les conséquences de nos comportements.

Quand la conséquence fait augmenter la fréquence d’apparition d’un comportement, on parle alors de renforcement et quand elle tend à la faire diminuer voir disparaître, on parle de punition, on utilise également le terme de bloquer un comportement.

le conditionnement opérant : le renforcement

Commençons par le conditionnement par renforcement, car c’est à ce jour le processus le plus puissant du changement de comportement. C’est donc celui qu’il faudrait privilégier.

Pour illustrer mes propos, je vous propose un exemple avec une situation simple : vous souhaitez que votre enfant range sa chambre plus souvent. Lorsque le samedi matin, au lieu d’aller jouer à son ordinateur, il range sa chambre alors pour qu’il ait tendance à renouveller ce comportement, vous allez le renforcer. Pour se faire vous avez 2 possibilités :

  • lui autoriser par exemple de jouer 1h de plus que prévu à son ordinateur dans l’après midi, on rajoute ici une conséquence, on parle alors de renforcement positif (positif dans le sens arithmétique de l’addition et non pas dans le sens positif = agréable). L’apparition de cette conséquence aura donc tendance à faire que votre enfant rangera de nouveau sa chambre le WE prochain.
  • Autre possibilité : vous pourriez lui retirer sa tournée de vaisselle le midi même. Ici vous soustrayez un événement à son environnement qui aura pour conséquence d’augmenter l’apparition de son comportement. On parle alors de renforcement négatif (on soustrait)

Les études expérimentales ont démontré que de ces 2 types de renforcement, le plus puissant des 2 est le renforcement positif. Il est donc préférable d’ajouter une conséquence qui augmentera l’apparition du comportement que d’éliminer une conséquence qui aura le même effet.

De plus le renforcement négatif est rencontré dans de nombreux tableaux pathologiques, je pense notamment à la boulimie où une patiente après avoir fait sa crise et se sentir extrêmement coupable, va se faire vomir. En se faisant vomir, elle diminue sa culpabilité, elle soustrait donc un événement, ce qui va la renforcer négativement et l’encourager à reproduire ce type de comportement compensatoire à la prochaine crise de boulimie. Voici toute la difficulté de la prise en charge de ce type de TCA où il faut enrayer ce processus de renforcement négatif.

Toutefois, la distinction entre ces 2 types de renforcement n’est pas si nette et ils peuvent co-exister dans un même comportement problème et évoluer avec le temps.

Prenons l’exemple d’un alcoolique, dans un premier temps le fait de boire va être renforcé positivement car cela lui ajoute une sensation de bien-être et dans un second temps renforcé négativement car cela lui enlève du stress.

Aussi rappelons nous que chaque individu a une histoire personnelle particulière et donc une histoire d’apprentissage différent, une même conséquence pourra donc avoir un effet renforcateur ou non selon l’individu. Je vous conseille donc d’observer l’effet de la conséquence que vous appliquez afin de connaître si elle renforce ou non un comportement désiré.

J’utilise donc très régulièrement le renforcement positif avec mes patients lorsque j’observe qu’ils ont mis en place des actions dans le sens de leur valeur et qu’ils arrivent courageusement à avoir des actions engagées malgré leur inconfort émotionnel. Je vous encourage donc à tester cette méthode d’apprentissage sur vous même ou sur vos proches.

  • le conditionnement opérant : la punition

Le conditionnement par punition est à utiliser avec beaucoup de tact et de parcimonie, il peut être efficace sur le court terme mais moyennement efficace sur le long terme voire entrainer des effets indésirables.

Elle peut générer des émotions aversives chez le sujet qui la reçoit et lui rendre aversif la personne qui lui a dispensé.

Pour ma part, dans le cadre de ma consultation de psychonutrition, il m’arrive de l’utiliser (peut être un peu trop souvent d’ailleurs) lorsque j’ai créé une relation thérapeutique suffisamment forte avec mon patient. L’idéal étant de lui demander la permission de pouvoir bloquer ses comportements non désirés et de toujours le renforcer positivement dès qu’il sera engagé dans un comportement alternatif qui aura alors émergé. Cela peut arriver notamment chez des patients qui se perdent dans leur propre bavardage et qu’il peut être intéressant de bloquer afin qu’ils se ré-engagent dans des comportements plus fonctionnels.

Pour reprendre l’exemple de votre enfant et du rangement de sa chambre. Votre fils n’a pas rangé sa chambre comme prévu dans votre organisation. Pour éviter que ce comportement se reproduise, vous allez avoir recours à la punition (en tant que conditionnement et pas en tant que telle). Comme dans le renforcement 2 possibilités s’offrent à vous :

 

  • premièrement, vous pouvez opter pour une punition positive, si vous m’avez suivi, le terme positif signifie que l’on va ajouter quelque chose afin que ce comportement ne se reproduise pas. On va donc rajouter quelque chose d’aversif bien que l’on parle de punition positive. J’espère que vous me suivez toujours. Vous pourriez donc doubler la corvée de vaisselle de votre fils, vous ajoutez donc de ce fait une conséquence désagréable à son comportement qui devrait le faire réfléchir la prochaine fois lorsqu’il ne souhaitera pas ranger sa chambre.

 

  • Autre possibilité, vous optez pour une punition négative, ici il s’agit donc de retirer quelque chose afin que ce comportement ne se reproduise pas. Vous allez donc retirer quelque chose d’agréable même si l’on parle de punition négative. Vous pourriez donc par exemple, annuler sa sortie au cinéma avec ses amis de classe. Vous soustrayez ici une conséquence agréable à son environnement dans le but qu’il ne reproduise pas son comportement non désiré.

Encore une fois la punition est à utiliser de manière réfléchie notamment dans une relation thérapeutique, dans l’éducation n’étant pas du tout spécialiste je vous conseillerai tout de même d’avoir plus souvent recours au renforcement et notamment au renforcement positif.

  • le conditionnement opérant : l’extinction

Il existe un dernier moyen qui serait selon la recherche expérimentale, le plus efficace afin de faire cesser un comportement non désiré. Il s’agirait que ce comportement ne soit suivi d’aucune conséquence. Il ne serait alors pas renforcé et finirait pas s’éteindre. On parle d’ailleurs d’extinction. Cette attitude de non réaction est fortement encouragée dans la relation thérapeutique un peu à l’image d’un psychiatre qui ne réagirait d’aucune manière face au comportement problématique de son patient. C’est personnellement quelque chose pour lequel je ne suis absolument pas habile et une position que j’adopte qu’occasionnellement et dans certaines situations bien particulières. Pour vous donner un exemple illustrant le processus d’extinction, imaginons qu’à chaque fois que votre enfant est d’humeur chagrine, vous lui donniez un gateau au chocolat, il aura de lui même tendance à vous réclamer son gateau au chocolat à la moindre contrariété, vous le renforcez donc positivement. Alors si vous arrêtez de lui donner, il finira progressivement par ne plus vous réclamer son gateau au chocolat.

 

 

  • La théorie des cadres relationnels et l’apprentissage relationnel

Enfin je terminerai par vous dire un mot sur la théorie des cadres relationnels qui est plus récente (Steven Hayes) et met en avant une 3ième forme d’apprentissage, l’apprentissage relationnel, qui se base sur l’apprentissage opérant de Skinner en tenant compte des spécificités du fonctionnement du langage humain et de la complexité de la cognition (le fait que nous soyons nous humain capable de parler et de penser et que nous voyons le monde réel à travers le filtre de notre activité mentale).

Au fur et à mesure des années qui passent, l’enfant créé une multitude de réseaux reliant les choses entre elles : les sons, les émotions, les images, les sensations corporelles, le tout créant l’expérience mentale. Et nous autres êtres humains, doués d’activité mentale vivons très largement dans notre tête ce qui nous fait perdre le contact avec le monde réel, on parle de fusion cognitive et encore une fois la Pleine Conscience est une pratique qui va vous permettre de prendre conscience de ce bavardage permanent de votre esprit qui vous éloigne du moment présent et colore la réalité avec vos filtres mentaux. Ces filtres mentaux peuvent être composés de règles (vraies ou fausses là n’est pas le problème) mais qui appliquées de manière rigide pourront entrainer des comportements inadaptés.

Méfiez-vous donc toujours de vos pensées qui commencent par « il faut » « il ne faut » « je dois » « je ne dois pas ».

L’exemple du feu rouge est intéressant, lorsque l’on vous a appris enfant à ne pas traverser au feu rouge, cette règle rigide est utile la plus part du temps, mais imaginez vous adulte à 3h du matin revenant de la pharmacie de garde avec des antidouleurs pour votre enfant resté à la maison, au moment de traverser la route, le feu piéton est rouge mais il est 3h du matin, il n’y a aucune voiture, pas l’ombre d’un chat et votre enfant attend son médicament, si vous décidez de respecter la règle du feu rouge de manière rigide vous êtes alors inflexible et votre comportement n’est pas le plus fonctionnel dans ce contexte précis. Faire preuve de flexibilité en fonction du contexte est primordial !

Un point capital mis en avant par la Théorie des Cadres Relationnels : si vous agissez en fonction de vos valeurs, quelque soient les conséquences de vos actions engagées, elles seront automatiquement renforcées, car ce sont vos actions même qui sont intrinsèquement motivantes et l’idée d’agir en fonction de ses propres valeurs choisies librement créée un contexte extrêmement appétitif.

Vous l’aurez compris, il ne vous reste plus qu’à trouver quelles sont les valeurs que vous chérissez et qui donnent du sens à votre vie.

Et quelque chose me dit, que je vous en parlerai très bientôt car clarifier ses valeurs est un des processus au centre de la thérapie ACT (thérapie d’Acceptation et d’Engagement) que j’affectionne particulièrement et dont je me sers au quotidien avec mes patients.

à votre santé, Anna Potter

DISCLAIMER : Ce POST comme tous ceux que vous trouverez sur le blog, contient des informations en matière de micronutrition et de nutrition santé. Il ne se substitue en aucun cas à une consultation. Seuls des médecins et des pharmaciens formés à la Micronutrition pourront au cours d’une consultation vous proposer une prise en charge personnalisée en tenant compte de votre état de santé. Ils pourront alors compléter ces informations et vous proposer une alimentation adaptée et une complémentation sur mesure.
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