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L’intestin, second cerveau ? Le microbiote au coeur de notre santé

L’intestin, second cerveau ? Le microbiote au coeur de notre santé
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Nous hébergeons près de 10 fois plus de bactéries que nous avons de cellules eucaryotes (c’est à dire humaine),  il semble donc évident que ces bactéries ont une importance capitale dans notre état de santé et qu’elles communiquent avec nos propres cellules.

L’avancée de la recherche a permis de déterminer précisément la carte génomique du microbiote de chaque individu, il s’agit du métagénome, il est donc spécifique à chacun d’entre nous. Certains laboratoires d’analyses médicales réalisent ce type de bilan.

Pour visionner la version vidéo :

A ce jour, il existe plus de 20 000 publications scientifiques qui traitent de l’intérêt du microbiote intestinal, on ne peut donc plus envisager de prendre en charge la santé d’un individu sans s’intéresser à l’état de son microbiote aussi bien en terme d’équilibre (eubiose/dysbiose) que de composition (diversité des phylas et familles).

Les liens entre microbiote et pathologies sont mis en avant aujourd’hui alors même qu’Hippocrate l’annonçait déjà 400 ans avant JC  » Toute maladie commence dans les intestins« . Le microbiote communique et interagit en effet avec les adipocytes, le système cardiovasculaire, les muscles, le foie, le cerveau, le système ostéoarticulaire, le sytème oculaire. Des liens ont été établis avec différentes pathologies :

  • les problèmes d’obésité
    • un des mécanismes mis en avant est l’endotoxémie métabolique c’est à dire le passage de LPS dans la circulation (LPS = Lipopolysacchardides = fragment de coque bactérienne des bactéries GRAM négatif) qui entrainent des mécanismes à la fois inflammatoire et de dérégulation de l’homéostasie métabolique (résistance à l’insuline).
    • il a été mis en évidence que le microbiote des sujets obèses est très différent du microbiote d’un sujet à poids normal.
    • Des études expérimentales chez la souris, ont mis en avant le fait que sans changer les habitudes alimentaires et en transférant uniquement un microbiote de sujet obèse à un sujet de poids normal, ce dernier prenait du poids
    • D’autres études expérimentales, ont démontré qu’une femme enceinte de poids normal transférait un microbiote sain à son enfant alors qu’une femme enceinte souffrant d’obésité, transférait un microbiote présentant une répartition différente avec une augmentation des firmicutes et une diminution des bacteroidetes à son enfant qui développera par la suite lui-même des problèmes de surpoids et d’obésité
    • Une étude chez l’homme a démontré que lors d’une perte de poids de plus de 5% chez des sujets obèses, on observait une modification du microbiote avec d’une part une diminution des firmicutes et d’autre part une augmentation des bacteroidetes. C’est au final plus compliqué que cela, il faut s’intéresser aux classes, ordres, familles, genres, espèces de bactéries et ne pas s’arrêter aux phylas.
    • Une bactérie identifiée dernièrement « Akkermensia muciniphila » est absente chez les sujets obèses, cette dernière permet la production de mucus afin que les bonnes bactéries s’installent. L’idée serait donc de recréer les conditions favorables à l’installation d’akkermensia et des autres bonnes bactéries, notamment par la prise de prébiotiques tous les jours.
    • on a également l’explication à l’échec des régimes à répétition avec l’empreinte bactérienne et les différences entre les microbiotes plus ou moins extracteurs d’énergie, en effet certains microbiotes arrivent à extraire plus d’énergie/ de calories de l’alimentation.
  • les différents types de diabètes
    • type I
    • type II qui se déclare de plus en plus tôt, voire même chez les enfants présentant une obésité.
  • les maladies auto-immunes, les allergies, les maladies inflammatoires
    • le système immunitaire étant logé pour plus de 70% au niveau digestif, le microbiote a une importance capitale dans la bonne régulation de la réponse immunitaire
  • les cancers …
    • le terrain favorisant l’apparition des cancers est celui de l‘inflammation chronique de bas grade. Or la dysbiose est associée à cette inflammation.
    • les cancers hormono-dépendants car on sait aujourd’hui que certaines bactéries ont la capacité de perturber la détoxication des oestrogènes en les déconjugant par l’intermédiaire de la bêta-glucuronidase et donc d’entrainer leur ré-absorption via le cycle entéro-hépatique.
    • cancer colorectal : une bactérie nommée Fusobacterium nucleatum qu’on retrouve de manière saine dans le microbiote buccal,  a été mise en évidence au niveau du microbiote intestinal dans le développement des CRC. On connait aujourd’hui l’importance de l’équilibre du microbiote dans le risque d’apparition de ce cancer et donc de l’importance d’un régime alimentaire apportant les bons substrats (fibres prébiotiques) au microbiote avec une production extrêmement bénéfique d’acides gras à chaine courte =AGCC comme le N-butyrate qui est un régulateur épigénétique
  • les maladies cardiovasculaires
    • Ici on n’incrimine pas le cholestérol mais une toute autre molécule = le TMAO = Tri Méthyl Amine N Oxide
    • le microbiote et notamment certains types de microbiote qui vont transformer la L carnitine (attention à toutes les personnes qui s’auto-complémentent en L carnitine dans le but de perdre du poids en améliorant la combustion des graisses) et la choline en TMA = Trimethylamine qui va être oxydé dans le foie en TMAO.
    • Ce TMAO favorise l’athérosclérose ! On pourrait donc prévoir le risque cardiovasculaire en dosant cette molécule.
    • On retrouve la phosphatidylcholine dans les produits animaux (viandes, crustacés…)et les sous-produits animaux (fromage, oeuf…).
  • la sphère cérébrale : on parle de psychobiotiques
    • dépression
      • Le microbiote participe à la production des mêmes neuromédiateurs que synthétise notre cerveau : sérotonine, GABA …
      • la communication bidirectionnelle entre cerveau et intestin n’est plus à démontrer : 1 message qui descend pour 9 qui remonte ! On parle d’axe Cerveau-microbiote. Le microbiote communique donc par différentes voies avec le cerveau notamment par l’intermédiaire de cytokines inflammatoires, on parlait jusqu’à peu de leaky gut ou d’hyperperméabilité intestinale, on parle aujourd’hui de leaky brain et de Microbiote Gut Brain 
      • Le tryptophane qui est l’acide aminé précurseur de la sérotonine est extrêmement important notamment en cas de troubles anxiodépressif et de troubles du comportement alimentaire de type compulsions alimentaires sucrées irrépressibles. Lors d’une inflammation en lien avec une dysbiose, celui-ci va être détourné de la synthèse de sérotonine vers la voie des IDO qui est une voie inflammatoire. Il ne sert donc à rien de traiter une carence en tryptophane en cas de dépression sérotoninergique si l’on est en présence d’une inflammation et d’une dysbiose, ce serait nourrir la voie de l’inflammation et soutenir la production de kinurénine (molécule toxique)
    • autisme
    • maladie d’Alzheimer
    • dyslexie, dysphrasie, schizophrénie …

 

Le microbiote a donc un impact largement extra digestif et il devrait être considéré comme le chef d’orchestre de notre santé du fait de son influence sur tous nos systèmes ! Il est donc indispensable de s’intéresser à notre microbiote et de le maintenir en équilibre à l’aide notamment de prébiotiques et de probiotiques (choisis très spécifiquement)

« Toute maladie commence au niveau du microbiote » Pr Vincent Castronovo 2016

  • Les fonctions du microbiote intestinal

    • fonctions métaboliques

      • synthèse de vitamines : vitamines B12, K
      • digestion
        • notamment des sucres complexes, les prébiotiques ou encore les FODMAPS contenus dans la paroi des fruits et des légumes et que nous ne savons pas digérer
      • assimilation de certains micronutriments
      • production d’énergie :
        • le microbiote permet d’extraire de l’énergie du bol alimentaire
      • modulation des traitements pharmacologiques 
    • fonction de protection

      • par un effet barrière
        • notre première ligne de défense est constituée par nos muqueuses
        • les bactéries forment une barrière physique en « s’attachant » à la muqueuse intestinale
      • par un effet anti-toxine
        • certaines bactéries du microbiote vont produire des substances bactériostatiques
      • lien très étroit avec notre système immunitaire
        • un microbiote en eubiose permet une réponse immunitaire adaptée
        • il permet la juste tolérance et la mise en place d’une réponse immunitaire adaptée
    • rôle structural

      • la muqueuse intestinale se renouvelle toutes les 36h (ce qui est très rapide)
      • elle représente une surface d’échange de 1000m2
      • Le microbiote intestinal a une influence sur la bonne maturation de la muqueuse intestinale (villosités, mucus, vascularisation …)

 

  • les signes de dysbiose

La dysbiose correspond donc à un état de déséquilibre de notre microbiote intestinal. Elle a des conséquences néfastes sur notre santé et des associations avec différentes pathologies ont déjà été mises en avant. Voici une liste de symptômes non exhaustive et à caractère purement informatif pouvant mettre en avant une dysbiose :

  • ballonnements
  • gazs malodorants
  • halitose (mauvaise haleine)
  • troubles du transit : diarrhées ou constipation ou alternance diarrhées/constipation. Il est important de s’intéresser à l’aspect de nos selles qui peuvent être catégorisées en 7 types.
  • douleurs abdominales

Il existe un tableau clinique plus spécifique que les anglo-saxons ont appelé SIBO pour Small Intestinal Bacterial Overgrowth, où l’on retrouve à une hyperconsommation et une hypodigestion liée à une pullulation bactérienne intestinale et à une remontée des bactéries du colon dans l’intestin grêle.  Les symptômes sont alors plus précoces (dans la demi heure de la prise alimentaire, les ballonnements apparaissent) et plus importants.

Peu de laboratoires aujourd’hui permettent de déterminer le microbiote de chaque individu grâce à une technique que l’on appelle la métagénomique qui permet de définir précisément la carte génétique du microbiote complet. D’autres bilans permettent de mettre en évidence des dysbioses qu’elles soient des dysbioses de fermentation ou de putréfaction ou encore dûes à des mycoses (type candidose digestive). Enfin certaines analyses permettent d’identifier les métabolites produits par le microbiote, on parle de métabolome. Ces bilans de biologie sont des bilans d’investigation non remboursés par la sécurité sociale dont les tarifs sont variables (jusqu’à 300€) mais qui peuvent apporter des informations capitales à la compréhension de symptomatologie chronique et de pathologies chroniques pour lesquelles la médecine allopathique traditionnelle ne propose à l’heure actuelle pas de traitement curatif satisfaisant.

  • les causes de dybiose

Les causes d’un microbiote en dysbiose peuvent être diverses et variées. A titre purement informatif, voici une liste non exhaustives d’éléments pouvant induire une dysbiose :

  • les infections quelles soient virales, bactériennes, parasitaires ou fongiques
  • certains traitements allopathiques comme les antibiotiques, les AINS, les IPP au long cours …
  • une alimentation inadaptée (trop riche en graisses saturées, en sucres raffinées, trop pauvre en fibres, en acides gras polyinsaturés omégas 3 …)
  • les pesticides, polluants, additifs alimentaires
  • le sport intensif !!! avec les phénomènes d’ischémie reperfusion au niveau intestinal
  • le stress chronique mal géré
  • l’alcool et notamment le vin rouge non BIO qui est un des plus grands pourvoyeurs de pesticides
  • les dérèglements hormonaux et notamment la ménopause
  • le microbiote intestinal équilibré : l’eubiose

L’eubiose est donc le garant de notre bon état de santé et pour maintenir cet équilibre de notre microbiote, nous devons en prendre soin jour après jour et ce tout au long de notre vie car si nous avons au départ la malchance d’avoir une mauvaise empreinte bactérienne (mode d’accouchement, mode d’allaitement, prise d’antibiotiques, alimentation…), celle-ci reste en mémoire et se remettra en place au bout de quelques mois si nous abandonnons nos bonnes habitudes alimentaires !

Etre en eubiose est donc le travail de toute une vie et de chaque instant !

Voici quelques consignes générales et résumées afin d’être en eubiose (chacune d’entre elles devant être adaptées et personnalisées en fonction de votre propre état de santé, rappelez-vous de cette médecine 4P) :

  • Mastiquer :
    • en effet la mastication est la première étape de la digestion, cette dernière répondant à la loi du maillon faible, si vous ratez la première étape, elle ne serait être compensée par les suivantes.
    • Etant la seule étape sous le contrôle de notre volonté, il serait dommage de passer à côté !
    • Il existe un mouvement créé aux USA, appelé Fletcherisme (du nom de son créateur M Fletcher) qui consiste à mâcher un maximum de fois chaque bouchée d’aliment, jusqu’à 30 fois !
    • Si on ne respecte pas cette étape fondamentale de la digestion, notre microbiote sera en dysbiose
  • manger lentement :
    • c’est le meilleur moyen qui reste également le plus simple (et finalement tellement peu mis en place) de contrôler vos apports alimentaires, de ne pas manger de trop grosses quantités d’aliments et de ne pas passer à côté de votre satiété en laissant le temps à l’estomac d’envoyer au cerveau les différents messages de satiété. Comptez donc un minimum de 20 à 30 min par repas. Il est important de ne pas dépasser nos capacités de digestion.
    • j’ajouterai également à ce point, le fait de manger en « pleine conscience« , sans écran de télévision, d’ordinateur ou de téléphone
  • attention aux prises abusives d’antibiotiques
    • réservez les antibiothérapies à des situations bien spécifiques, déterminées par votre médecin
    • si la prise d’antibiotiques s’avère indispensable, l’accompagner d’une prise de probiotiques adaptés qui vous sera recommandée par votre pharmacien ou votre médecin formé à la micronutrition.
    • des études récentes ont démontré que plus de 2 prises d’antibiotiques dans les 2 premières années de la vie sont corrélées à un risque accru de développer une maladie de civilisation (obésité, diabète, maladie cardiovasculaire …)
  • consommer quotidiennement des prébiotiques :
    • elles sont le substrat des probiotiques, en quelque sorte la nourriture de la bonne flore.
    • Elles permettent la synthèse des acides gras à chaine courte  (N butyrate, propionate, acétate) qui ont des effets physiologiques extrêmement importants sur notre immunité (notamment sur les mécanismes allergiques), sur notre métabolisme énergétique (diminution de l’appétit et de la prise de poids), sur la production d’énergie au niveau cellulaire
    • ce sont des carbohydrates fermentescibles : fructanes, amidons résistants, béta-glucanes, fibres …
    • on les retrouve dans les fruits et les légumes, dans les céréales complètes : pomme de terre refroidies, oignons, topinambour, poireaux …
    • il faudrait consommer au moins 100g d’aliments riches en prébiotiques par jour (soit environ 15g de prébiotiques)
    • toutefois dans certaines situations pathologiques, les prébiotiques seront à limiter voire déconseillés pendant une certaine période
  • consommer suffisamment de fruits, légumes, épices et aromates :
    • dont certains contiennent une nouvelle catégorie de micronutriments que l’on appelle les cobiotiques
    • Ce sont les polyphénols que l’on retrouve dans le thé, le café, le chocolat noir, les fruits …
  • Manger BIO
    • pour limiter le plus possible les pesticides qui tuent nos bonnes bactéries. Le glyphosal notamment entraine une dysbiose !
    • toujours privilégier les produits BIO notamment pour les aliments gras (beurre, huiles, viandes, fromages) mais aussi pour les fruits et les légumes subissant de nombreux traitements chimiques
  • Consommer des poissons gras
    • ils sont riches en omégas 3 qui ont un effet anti-inflammatoire sur l’intestin
    • privilégiez les petits poissons gras : sardines, maquereaux, hareng
    • limiter les gros poissons gras type thon, espadon
    • attention toutefois au risque d’intoxication aux métaux lourds
  • limiter la consommation de sucres raffinés et l’hyperconsommation de viandes :
    • qui peuvent entrainer des dysbioses, notamment une dysbiose de putréfaction et le développement de mycoses digestives.
  • limiter dans le temps les traitements à base d’inhibiteurs de la pompe à proton = IPP 
    • en diminuant le pH gastrique, ils inactivent la pepsine qui est une enzyme digestive indispensable à une des étapes de la digestion.
    • Cette maldigestion va entrainer des dysbioses de putréfaction notamment
    • il s’agit de molécules telles que l’oméprazole, l’ésoméprazole, le pantoprazole, le lanzoprazole …

 

Je vous invite à découvrir les ouvrages du pharmacien biologiste André Burckel sur le régime microbiote et l’importance des prébiotiques :

Le régime microbiote


Les recettes du régime microbiote

 

à votre santé, Anna POTTER

 

DISCLAIMER : Ce POST comme tous ceux que vous trouverez sur le blog, contient des informations en matière de micronutrition et de nutrition santé. Il ne se substitue en aucun cas à une consultation. Seuls des médecins et des pharmaciens formés à la Micronutrition pourront au cours d’une consultation vous proposer une prise en charge personnalisée en tenant compte de votre état de santé. Ils pourront alors compléter ces informations et vous proposer une alimentation adaptée et une complémentation sur mesure.
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