Acceptation corporelle et comparaison toxique

Acceptation corporelle et comparaison toxique
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Les influences sociales auxquelles nous sommes tous soumis aujourd’hui (à moins de vivre sur une île déserte ou de s’être retiré dans un monastère) ont un impact important sur l’estime de soi.

Ces pressions sociales sont de natures différentes et celle dont j’aimerai particulièrement vous parler dans cet article concerne l’apparence physique car aujourd’hui la pression de l’apparence physique a atteint un niveau de toxicité qui met très fortement en danger l’estime de soi. L’apparence physique et donc la beauté physique sont un des éléments centraux de l’estime de soi car elles sont omniprésentes et ne nécessitent aucune preuve de nos capacités physiques, aucun examen de contrôle de notre intelligence, elles s’imposent immédiatement à chacun d’entre nous et génèrent une pression sociale importante par le biais de comparaisons qui engendre des troubles de l’estime de soi. La beauté aujourd’hui confère dès le plus jeune âge des avantages non négligeables et insolents au point que par hypocrisie et/ou par décence, sont minimisés ou passés sous silence. Une nouvelle forme de discrimination donc après l’âge, le sexe et les origines culturelles !

Ces troubles touchent aussi bien les femmes que les hommes bien que de nombreuses études aient mis en évidence la différence d’estime de soi dès le plus jeune âge entre les garçons et les filles, ces dernières ayant une estime de soi plus basse du fait du contexte éducatif et de l’environnement social qui distribuent de manière inéquitable le jeu de carte de l’estime de soi à nos enfants. Christophe André reprend l’exemple simple du quotidien de nombre d’entre nous sur la manière dont on conditionne inconsciemment nos enfants : un petit garçon jouant avec sa peluche deviendrait médecin alors qu’une petite fille jouant avec la même peluche deviendrait infirmière. Ce sont tous les 2 de très beaux métiers mais comme le rappelle le Dr Christophe André, en terme de reconnaissance sociale et de prestige, ils ne sont pas comparables, il suffit de se questionner sur le nombre de rues portant le nom de médecins célèbres VS celui d’infirmière.

Nous serions donc conditionnés depuis notre plus jeune âge à avoir une estime de soi plus ou moins haute selon notre sexe. Heureusement, les choses changent avec le mouvement féministe et la possibilité pour les femmes d’occuper des postes à responsabilité et donc à être sur le devant de la scène. Nous reparlerons plus en détail du rôle éducatif dans le développement de l’estime de soi des enfants dans un article dédié.

L’apparence physique et l’acceptation que l’on en a, est un des facteurs qui permet d’avoir une bonne estime de soi. Cette acceptation ne se fait pas de manière indépendante, nous nous acceptons plus ou moins en fonction des comparaisons auxquelles nous nous soumettons. C’est donc toujours par rapport aux standards que nous imposent la société, que nous allons juger si notre apparence est acceptable ou non, satisfaisante ou non.

Et ces standards ont énormément évolué et notre société actuelle toujours plus tournée vers le paraitre, la marchandisation du corps féminin mais aussi masculin, car l’image corporelle fait vendre et il y a beaucoup d’argent à gagner à diffuser des messages tels que soyez belles et minces, beaux et forts et vous réussirez votre vie, plus que soyez enthousiaste et intelligente, généreux et bienveillant et personne ne vous résistera !

L’industrie de la publicité, les influenceurs « beauté » « fitness » n’hésitent pas à nous assaillir de messages à but motivant (et surtout vendeur) qui n’ont au final qu’un impact hautement négatif sur notre estime de soi : « ne restez pas dans votre canapé à manger vos chips, bougez-vous les fesses … si j’ai obtenu ce corps c’est que je m’en suis donnée les moyens … alors faites de même, bougez-vous … » messages moralisateurs, culpabilisants et destructeurs de l’estime de soi !

Notre société moderne nous proposent donc aujourd’hui des modèles physiques inatteignables tant ils ont été modifiés aussi bien via des logiciels de retouches type photoshop que par le recours parfois abusif à la chirurgie et à la médecine esthétique, Attendons-nous bientôt à la mise en place d’un protocole de clonage pour atteindre un idéal physique ?!

Le culte de la minceur voire de l’extrême minceur orchestré par les industries de la mode, de la beauté et de la publicité, est devenu omniprésent, une véritable obsession pour certaines et une évidence pour beaucoup d’autres.

  • Les comparaisons sociales : surexposition de l’image corporelle

On ne se compare donc plus comme nos grands-parents ou nos arrières grands-parents à notre voisine de palier, à notre coiffeuse ou à nos cousines qui sommes toutes avaient plus ou moins toutes les mêmes physiques classiques, mais à des mannequins, des actrices, des présentatrices TV et maintenant pire encore des acteurs de télé réalité dont une grande partie a visiblement pris un abonnement chez un chirurgien esthétique ! Un véritable matraquage de corps parfaits (mais refaits et retouchés !)

L’exemple le plus classique est celui de la poupée barbie qui à l’échelle humaine, ne pourrait pas exister ! Pour 1m77, les mensurations d’une barbie humaine seraient 85 pour la poitrine, 46 pour la taille et 73 pour les hanches ! Donc inhumaine ! On nous inculque donc depuis notre plus jeune âge (dès l’âge de 4 ans aujourd’hui !), des images d’idéal de corps féminins mensongères, inatteignables et toxiques ! Depuis quelques années, les mensurations de la poupée Mattel ont été ré-ajustées à celles de certaines modèles humaines mais pas n’importe lesquelles bien entendu !

Ces comparaisons sont quasi quotidiennes, elles se font de manière insidieuses et s’accumulent jour après jours jusqu’à devenir toxiques, elles génèrent chez une partie d’entre nous une insatisfaction de plus en plus importante de notre propre corps, une stigmatisation de ce dernier et loin de nous motiver, ces comparaisons nous rabaissent, elles nous dévalorisent, elles nous découragent, elles fragilisent et diminuent notre estime de soi.

Ces comparaisons toxiques et perdues d’avance car biasées dès le départ, poussent certaines d’entre nous à développer des troubles psychiques et notamment des troubles des conduites alimentaires de type boulimie (pathologie typique de l’estime de soi) notamment. Des études ont mis en évidence qu’un trouble de l’estime de soi et notamment une estime de soi basse, entraîne des difficultés à prendre soin de soi et à se laisser guider et auto-réguler par nos propres systèmes comme notamment le système faim-satiété, on est donc amené à manger plus, à grignoter, à ne pas écouter ses signaux corporels.

D’autres troubles découlent de cette dévalorisation due à la surexposition aux corps parfaits, ils concernent la difficulté de se lier à l’autre, comment pourrait-on m’aimer alors que je ne m’aime pas moi-même ? Si je ne me trouve pas belle, alors il ne devrait pas non plus me trouver belle !

  • Comment ne pas se laisser embarquer dans ce jeu toxique des comparaisons perdues d’avance ?

Nous ne devons pas nous laisser embarquer dans ce jeu de comparaisons à des physiques inaccessibles (sauf recours à la chirurgie et à photoshop) qui nous sont imposés aujourd’hui comme des standards de beauté ! Comme le dit le Dr Christophe André dans son ouvrage « imparfaits libres et heureux, pratiques de l’estime de soi« , le meilleur moyen pour mener à mal notre estime de soi, serait de se comparer quotidiennement à ces images corporelles inaccessibles et pour la plus part truquée, ruminer sur le fait que nous soyons si loin de leur ressembler, investir une grande partie de notre temps et de notre argent dans différents moyens afin de s’en rapprocher, ne fréquenter que des personnes ayant ce même objectif et finalement en quelques lignes vous avez la recette du « comment se gâcher la vie?! » Accorder une importance démesurée à son apparence physique peut nous faire basculer dans un trouble particulier de l’estime de soi que l’on connait tous et qui nous vient du mythe de Narcisse ce très beau jeune homme refusant les avances des nymphes et maudit par Némésis. Il tomba amoureux de son propre reflet qu’il aperçu dans un cours d’eau et finit par mourir d’inanition ! Mise en garde donc à ce trop pleine d’amour pour sa propre personne et au Narcissisme, quasi omniprésent aujourd’hui tant les réseaux sociaux débordent de selfies en veux-tu en voilà ! Et de la présence des miroirs dans chacune des pièces de notre maison et de l’exposition des dizaines de fois par jour à notre propre reflet.

Toutefois, il est humain et normal d’accorder de l’importance à son apparence physique mais lui attacher une attention excessive peut gravement nuire à notre estime de soi. Il faut donc redonner à l’apparence physique et à notre corps sa juste place dans notre vie, ni omniprésente ni complètement oubliée.

Lors de consultation de psychonutrition et de nutrition comportementale individualisée, on évalue l’estime de soi globalement et plus précisément le niveau d‘acceptation corporelle. On peut alors si l’apparence physique pose un problème chez un patient, lui proposer des exercices comme celui de la critique de magazine people avec des comparaisons du physique d’actrices avec et sans retouche photoshop, d’autres exercices permettent de redonner au corps sa juste place dans la vie de chacun avec par exemple une question qui pourrait paraitre étrange mais qui est parfois extrêmement révélatrice  » Qu’aimeriez-vous que vos proches disent de vous si vous n’étiez plus là, en quels termes aimeriez-vous qu’ils parlent de vous ? » Je vous invite à vous poser cette question si vous pensez être en conflit avec votre apparence physique.

Voici quelques autres pistes proposées par le Dr Christophe André :

  • ne pas se laisser berner par les publicités mensongères, apprendre à décrypter les manigances marketing mises en jeu dans le but de nous faire acheter toujours plus (la dernière crème minceur, le nouveau rouge à lèvre repulpeur etc). Ces industries qui prônent une beauté unique, une dictature de la minceur, du corps parfait, de la beauté. Méfions-nous de leur manipulation affective perverse comme celles que l’on peut retrouver dans les publicités ventant les effets miracles d’une pilule minceur « j’ai perdu 30kg et j’ai rencontré l’amour de ma vie » … à vomir !
  • être lucide sur les images de corps parfaits des mannequins, influenceurs … c’est d’une part leur métier, elles n’ont que ça à faire, prendre soin de leur corps, faire attention à leur ligne, et d’autre part une grande partie ont recours à la chirurgie et à la médecine esthétique, sans parler des logiciels de retouche.
  • apprendre dès le plus jeune âge à nos enfants à critiquer les pubs, à critiquer les images que l’on nous impose à longueur de journée, sur les panneaux publicitaires, à la télévision, sur youtube …
  • se questionner sur nos vrais besoins qui se cachent derrière nos envies d’achat ou de chirurgie, ceux qui nous permettront d’être réellement un peu plus heureux !
  • Développer d’autres voies qui nous permettrons d’augmenter notre satisfaction de nous même et qui ne dépendent pas de notre apparence physique.

Il est donc indispensable que notre estime de soi ne repose pas uniquement sur des critères sur lesquels nous avons peu main mise et qui ont été déterminés génétiquement pour la beauté exemple ou imposés par la société, mais plutôt de nourrir d’autres qualités qui ne dépendent pas de notre génétique, et sont donc de fait plus égalitaires, et que nous aurons défini par nous même, comme la bienveillance, la bonté, l’intelligence. Augmenter son estime de soi en apprenant à jouer d’un instrument de musique, en se montrant toujours plus à l’écoute d’un ami ou d’un collègue, en se montrant généreux, en se rendant utile pour son prochain, en s’efforçant de toujours donner le meilleur de soi tout cela dans le but d’internaliser nos critères d’estime de soi.

Malheureusement notre société actuelle a plus que tendance à mettre en avant les gens beaux et riches que les laids et pauvres … Triste monde !

  • une proie des troubles l’estime de soi : les jeunes filles

On sait aujourd’hui qu’une période clé pour l’estime de soi se situe pendant l’enfance et l’adolescence. Cela correspond donc en grande majorité au public concerné par les vidéos youtube, les publicités, les séries TV. Une étude a démontré que contrairement à l’estime de soi des garçons, celles des fillettes et des jeunes filles ne cessait de diminuer entre l’âge de 8 ans et 24 ans.

Je vous ai déjà cité plus haut la différence de contexte éducatif entre les jeunes filles et les garçons, l’estime de soi étant naturellement et inconsciemment brimées chez les fillettes dès le plus jeune âge.

Aujourd’hui, 60% des adolescentes se jugent trop grosses contre seulement 20% qui jugent leur apparence physique satisfaisantes.

1/3 des adolescentes de 14 ans se sont déjà astreintes à un régime minceur restrictif !

Les jeunes filles et jeunes femmes se portent donc un regard très critique sur leur apparence physique, regard largement influencé par les pressions de leur environnement.

L’écart toujours plus important entre l’image qu’elles ont d’elles même et celle qu’elles aimeraient avoir, créé un trouble important de l’estime de soi et nombreuses sont les jeunes filles à l’estime de soi perturbé qui porteront toute leur vie les stigmates de cette chute de l’estime de soi.

Posez-vous d’ailleurs la question du poids que vous estimez idéal vous concernant ? Puis comparez-le à votre poids actuel, est-il plus haut ? plus bas ? l’écart est-il important ? Il a été mis en avant que le poids jugé idéal est souvent beaucoup plus bas que le poids actuel de chaque femme à qui l’on pose ces questions.

Autre question mettant en avant ces pressions sociales sur l’apparence physique et l’importance d’un poids toujours plus bas chez la femme comme si notre valeur intrinsèque était inversement proportionnelle au poids affiché sur la balance, est la suivante :  » d’après vous selon la gente masculine, quel serait votre poids idéal ? » Et là encore on retrouve une nette distorsion entre le poids idéal masculin qui est toujours plus élevé que celui estimé par les femmes. De quoi vous permettre de souffler un peu et de lâcher votre balance non ?

  • Les influenceuses / youtubeuses et la chirurgie esthétique

Je terminerai par un aparté sur un phénomène de société que j’ai pu observé ces derniers mois. En effet, aujourd’hui, on se trouve confronter à un autre type de comparaison que je trouve encore plus pernicieux, il s’agit de celle faite aux influenceuses/youtubeuses.

Et je trouve cette dernière encore plus délicate et à risque de créer des troubles encore plus importants chez les jeunes « followers » adulant leur youtubeuse préférée. Pourquoi ? Tout simplement parce que la youtubeuse il y a quelques années encore était sensée représenter Madame tout le monde, ma copine de classe, ma voisine de palier, ayant un physique tout à fait classique et donc à laquelle je m’identifiais facilement sans qu’il y ait de comparaison toxique et de processus d’admiration qui se mettent en place. Aujourd’hui la youtubeuse est devenue un personnage public qui vit grâce à sa communauté (ce qui en soit n’est pas un problème, c’est un métier comme un autre) qui adule chaque jour un peu plus cette youtubeuse qui pour certaines usent et abusent de subterfuges afin de s’embellir  (filtres photos, retouches vidéos etc) voire même de modifier complètement leur apparence (chirurgie et médecine esthétique) à tel point qu’en comparant des photos prises quelques années auparavant et des photos actuelles, il est difficile de les reconnaitre. Vous l’aurez compris, le problème n’est pas d’avoir recours à la chirurgie esthétique ou à des logiciels de montage, le problème vient du manque de transparence, de la malhonnêteté de certaines se cachant derrière le droit à la vie privée ou encore la soi-disant volonté de ne pas vouloir encourager leur jeune public à rêver de chirurgie esthétique. C’est donc ces non-dits qui posent un problème énorme, car les jeunes et moins jeunes abonnées se comparent donc à des modèles qui ne sont que mensonges, elles les idéalisent, les adulent et finissent par développer des troubles de l’estime de soi. C’est ce pour quoi, j’estime que les influenceuses devraient par respect pour leur communauté, faire preuve de la plus grande franchise concernant leur physique bien que je puisse comprendre que cela doit être agréable pour l’estime de soi de se faire complimenter au quotidien, mais qu’en est-il de l’estime de soi de ces jeunes filles qui pensant se comparer à une « amie » comme une autre, se compare au final à une image « trafiquée » ?

Je ne vous parle même pas de celles qui prônent hypocritement à leur communauté l’acceptation corporelle et le naturel alors qu’elles sont refaites des pieds à la tête … une telle hypocrisie ne peut être que dénoncée au même titre que le mensonge publicitaire !

Il est donc important de garder à l’esprit cette notion de modèle idéalisé surtout lorsque celui-ci nous fait basculer dans ce qu’appellent les psychiatres « l’idéalopathie« . Avoir un idéal peut-être motivant, s’inspirer de modèles d’une part et se comparer à des anti-modèles d’autre part, permettent d’équilibrer l’estime de soi en se rassurant et en se stimulant à la fois. Mais avoir des modèles idéalisés, des idéaux pathologiques sont dangereux pour l’estime de soi et l’équilibre psychologique : vouloir à tout prix ressembler à tel personnage, s’en faire un devoir et ce sans nuance en appliquant la loi du tout ou rien, entraînent en cas d’échec (très fréquemment au RDV) des troubles de l’humeur et des blessures profondes de l’estime de soi.

 

à votre santé, Anna POTTER

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